Elles s'appellent Marie-Thérèse, Chantal,
Aline, Léonie, Anna, Pascale, Fabienne, Inne. Des femmes, âgées de 20 à
72 ans, qui ont deux points communs. Le premier, c'est d'être ou avoir
été sans domicile fixe, SDF. Le second, c'est de participer à un
concours d'un genre très particulier : miss SDF Belgique. On en rira ou
en pleurera, c'est selon...
Mais hier, ces dames étaient à pied d'oeuvre pour entamer un cycle
de répétitions en vue du grand soir, qui se tiendra ce samedi 10
octobre sur le site bruxellois de Tour et Taxis. Le plus difficile ? La
réponse fuse de la bouche de Marie l'éducatrice de rue qui accompagne
les « finalistes » : « la discipline... », dit-elle en hochant la tête vers les dames en pleine répétition dans une des immenses caves de Tour et Taxis.
Il y a la « numéro 1 », Marie-Thérèse, 58 ans. Qui affiche quelques
années sous le statut de SDF. Impeccablement vêtue de noir et portant
bijoux, la dame s'est incontestablement faite belle. Et elle applique
consciencieusement les consignes de Tracee, la chorégraphe qui encadre
bénévolement le groupe. À côté, les « numéro 2 » et « numéro 3 »
emboîtent le pas.
"Une belle expérience"
Derrière, on dira que c'est un peu plus dispersé... La « numéro 4 »
déboîte et prend son téléphone, pendant que les numéros « 5 » et « 7 »
entament des figures hors programme tandis que la « 8 » essaie de
comprendre ce qu'il faut faire. Qui a dit que ce serait simple ? « Ça viendra, ne vous inquiétez pas, dit Aline Duportail, une des deux organisatrices de l'événement. Car elles ont envie que ça se passe bien. Regardez-les, elles ne sont pas belles ? » C'est
sûr, malgré les cicatrices laissées par les affres d'une vie parfois
difficile, le regard de la majorité des dames pétille de bonheur... Et
toutes espèrent remporter le grand titre. Et le prix qui va avec :
« Il s'agit de l'exemption de loyer pour une année dans notre foyer d'accueil, souligne Aline Duportail. Où
les filles se trouvent déjà, avec, comme pour tous les autres
résidents, un loyer mensuel variant de 150 à 200 euros. Mais en
réalité, précise celle qui a été dauphine de miss flandre
orientale 2008 et qui suit aujourd'hui des cours d'art dramatique, il
n'y a pas de gagnant et de perdant.
Le truc, c'est surtout de faire parler des SDF. Car les finalistes
peuvent rester dans nos foyers le temps qu'elles le jugent nécessaire
pour une réinsertion. Personne n'est mis à la porte après le concours.
Enfin, il faut le dire : la beauté physique n'est pas un critère pour
le jury... » Originale l'idée ? Personne ne le contredira. Mais elle ne
fait pas l'unanimité et a d'ailleurs fait l'objet d'une virulente levée
de boucliers du secteur associatif, entre autres, qui y voyait une
indécente exploitation de la misère et l'absence de vrai projet social.
Mais de cela, Marie-Thérèse, Chantal, Léonie et toutes les autres
n'en ont cure, blindées par les attaques bien plus profondes du monde
de la pauvreté. « On a passé un super moment et on a vécu de belles choses... », susurrent-elles du bout des lèvres, avant de reprendre une énième répétition. « Car samedi soir, 400 personnes nous regarderont. Faudra être bien... »
A l'heure qu'il est, nous apprenons que c'est la Schaerbeekoise Thérèse Van Belle, agée de 58 ans qui a été élue!!!
Souhaitons lui, que son carrosse ne se transforme pas en citrouille, dès l'année de rève, écoulée.